Atteinte des objectifs liés à la planification familiale d’ici 2030 : la gent masculine, l’ultime recours ?

Article : Atteinte des objectifs liés à la planification familiale d’ici 2030 : la gent masculine, l’ultime recours ?
Crédit: : Iwaria
20 septembre 2025

Atteinte des objectifs liés à la planification familiale d’ici 2030 : la gent masculine, l’ultime recours ?

A l’heure actuelle, en Afrique de l’Ouest, le concept de planification familiale n’est plus totalement inconnu. Les efforts déployés par les différents acteurs en charge de sa vulgarisation valent leur pesant d’or. Vraisemblablement, ces efforts auraient bien plus d’impact si les hommes souvent opposés à la planification familiale devenaient des acteurs clés de son utilisation. 

Avec la mondialisation, la pilule passe moins bien. Surtout au sein des mouvements féministes qui y voient une façon de marginaliser la femme. Depuis toujours, dans la configuration des sociétés africaines, la prise des grandes décisions concernant la famille et son devenir incombe à l’homme (le chef de famille). Un ordre de choses conforté par les croyances religieuses, dont les leaders, sont très écoutés sur le jeune continent. De son côté, la femme est préparée depuis son bas âge à devenir une mère et une épouse avenante. Si en milieu urbain les femmes ont la possibilité de faire de longues études et de travailler, nonobstant leur soumission aux exigences du cocon familial, en milieu rural (où le taux d’analphabétisme est élevé) l’autorité de l’époux est beaucoup plus prononcée.

Crédit photo : Iwaria

En général, les femmes se contentent, dans les zones rurales, de vivre selon les codes de la société. Ces codes consistent à prendre soin de la maison, du mari et de l’éducation des enfants. A postériori, il n’est pas anodin de voir certains hommes s’opposer à l’utilisation des moyens de planification familiale (PF).

La contraception, un droit propre aux femmes ?

La contraception concerne les femmes, une position des hommes togolais que souligne l’article ‘’Les obstacles à l’implication des hommes dans la planification familiale au sein des ménages au Togo’’ dans la revue Travail social. Une position qui en réalité est partagée par beaucoup d’hommes en Afrique de l’Ouest. Dans un certain sens, c’est ce que reflète la communication censée promouvoir les différentes méthodes modernes de contraception. Généralement, un accent particulier est mis sur les risques pour la santé de la mère et des enfants. Ce qui est juste, mais pas suffisant pour convaincre l’autre cible importante : les hommes.

Une professionnelle de la santé discutant des méthodes de planification familiale avec une patiente. Crédit photo : Iwaria

Dans un autre sens, le fondement de ce point de vue pourrait aussi venir du fait que, la quasi-totalité des méthodes de contraception sont conçues pour la femme. De surcroît, le nombre d’enfants, même en cas d’extrême précarité, n’est généralement pas un problème pour les hommes africains. En milieu rural, le nombre d’enfants est un facteur qui contribue d’ailleurs énormément à l’avancement des travaux champêtres.  Mais en vrai, la planification familiale concerne tout autant les hommes. La stabilité de la société dépend en grande partie de l’équilibre au sein des familles.

Qu’en dit la professionnelle de la santé ?

Madame Estelle DAGBA, épouse ASSAH, est sage-femme depuis trente ans. Elle occupe le poste de surveillante au sein de la maternité Béthesda de Cotonou. Dans son rôle d’accompagnement post-accouchement, elle a été témoin tout au long de sa carrière de l’implication ou non des époux par rapport à la PF.

Riche de votre expérience professionnelle, pouvez-vous nous dire si en général les hommes s’intéressent ou non à la PF ?

C’est rare, les hommes ne s’intéressent généralement pas à la PF. Malheureusement, beaucoup d’hommes ont une perception erronée de la PF. Certains hommes pensent qu’elle ouvre la voie à l’infidélité des femmes. En ce sens que, dès qu’elles y ont recours, elles ont le champ libre pour tromper leur mari sans crainte de grossesses. Les rumeurs de maladies qui circulent au sujet des méthodes contraceptives ont aussi un effet dissuasif non négligeable.

Rencontrez-vous souvent des cas où les hommes interdisent à leurs femmes d’avoir recours à la PF ?

Les cas, il y en a foison. Cependant, certaines femmes bravent l’interdiction de leur conjoint et viennent le faire en secret, ce qui constitue un danger pour la survie du couple. Certains hommes, par contre, sont pour la PF, sur cent on en rencontre quelques-uns qui s’impliquent sérieusement.  

Comment, à votre avis, les agents de santé pourraient contribuer à faire adhérer les hommes à la PF ?

En les invitant, par exemple, aux rencontres de sensibilisation post natales. Hélas, ils n’y viennent pas. La participation des hommes pourrait accroître considérablement le nombre de femmes utilisatrices des méthodes de PF.

Crédit photo : Iwaria

Des hommes pour parler aux hommes

D’un côté, nous avons l’enjeu pour la société qui est de taille. La cybercriminalité grandissante à cause de l’irresponsabilité de certains parents, les cas d’abandon de foyer, les enfants déscolarisés, etc. De l’autre, une réalité plus que flagrante. Atteindre les objectifs fixés par les neuf pays membres du Partenariat de Ouagadougou à l’horizon 2030 en matière de PF ne pourra se faire sans les hommes. D’où la question : Comment les associés à la cause ? D’entrée, la tâche ne s’annonce pas facile. Au-delà des simples sensibilisations sur les différents moyens de contraception, il faudra leur faire comprendre le côté patriote et responsable d’une procréation contrôlée. Déjà, on peut le dire sans se tromper, ce travail reposera en partie sur d’autres hommes. Des hommes aux voix autorisées et respectés par leurs pairs, les leaders religieux et les chefs traditionnels.

Crédit photo : Pixabay

L’Afrique est un continent où la croyance en Dieu est très forte. Le christianisme et la religion musulmane côtoient depuis des décennies les cultes endogènes. Les leaders de ces mouvements religieux sont de véritables influenceurs au sein de leurs communautés. Si toutefois, l’avortement et certaines méthodes contraceptives ne sont pas tolérés, d’autres le sont. À coup sûr, le message passera d’une façon ou d’une autre par ces canaux. En Europe ou ailleurs, le discours ne serait pas le même. L’organisation de la famille n’est pas la même. L’Afrique de l’Ouest a ses réalités et il faut en tenir compte pour voir doubler le nombre d’utilisatrices des moyens de contraception modernes.

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