Aimé DA CRUZ

Bénin : les terroristes attaquent, la psychose s’installe

Le Bénin à l’instar de ses pays limitrophes, fait face à une série d’attaques terroristes. Les dernières en date ont coûté la vie à plusieurs civils et font craindre le pire aux populations qui ne se sentent plus en sécurité dans ce pays longtemps perçu comme un havre de paix.

La partie septentrionale du Bénin en ce début du mois de mai, a été le théâtre de deux attaques meurtrières à Kérou et à Banikoara. Ces attaques d’une violence sans pareille, ont coûté la vie à vingt personnes, dont quinze villageois égorgés par les assaillants. Une bien triste nouvelle répandue dans les médias et qui a ému tout le monde. Le choc produit par ces attaques inattendues et barbares est tel que même le limogeage du commissaire de Kaobagou, et l’ouverture de l’enquête demandée par le Président de la République ne semblent pas arranger les choses.

Le quartier Zongo à Cotonou.
Crédit : Aimé DA CRUZ

Doit-on craindre le pire ?

Kérou et Banikoara, deux zones classées rouges, faisaient l’objet d’une surveillance militaire et policière particulière. Fait qui inquiète d‘avantage l’opinion publique qui se pose maintes questions. Questions sur l’efficacité de nos services de renseignements, et de nos forces de sécurité publique et de défense. Plus que jamais, la crainte de voir se reproduire des atrocités encore plus meurtrières trotte dans les esprits. Les exemples du Burkina Faso, du Mali, du Nigeria et du Niger contribuent pour beaucoup à cette crainte. Ces pays ont autrefois vécu des attaques similaires, mais aujourd’hui font face à des attaques d’une intensité supérieure. La psychose a gagné du terrain. Par conséquent, certains habitants de ces localités songent déjà à prendre la clé des champs.

Deux policiers béninois à un carrefour.
Crédit : Aimé DA CRUZ

Une lutte conjointe qui s’impose

Dans une publication sur sa page Facebook, l’ancien Président de la République du Bénin Boni Yayi a en premier lieu condamné l’attaque barbare de Kaobagou (Kérou). Avant de soulever en second lieu la question de la mutualisation et de la coordination des services de renseignements et des actions militaires. Le terrorisme fait aujourd’hui beaucoup trop de victimes en Afrique. En Afrique de l’Ouest, la liberté de circulation des biens et des personnes a favorisé la mobilité des groupes terroristes. Très vite, ces derniers ont pris d’assaut bon nombre de pays de l’espace CEDEAO. Les différents efforts déployés jusqu’ici par les autorités pour lutter contre ce fléau, semblent ne pas porter de fruits. La carte de l’action conjointe est aujourd’hui la seule alternative envisageable pour arriver à bout de cette nébuleuse.

Pour cette raison, la lutte contre le terrorisme a été le sujet principal de la visite au Burkina Faso le 16 février 2023 du Président béninois. Ce fut également le cas, lors de la visite de son homologue nigérien en mars et de celui rwandais en avril. Le Président Patrice Talon l’a compris. La coopération Sud-Sud s’impose pour la sécurisation de nos frontières communes, mais aussi pour éviter de futures incursions sanglantes.


Explosion démographique en Afrique : 1,4 millard d’habitants déjà ? 

Dans la course pour l’atteinte des objectifs de développement durable en Afrique, freiner l’explosion démographique est un défi majeur. Ces dernières années, des voix de leaders africains ne cessent de s’élever pour rappeler le danger qui guette le continent, si la croissance exponentielle observée demeure telle.

Le marché Dantokpa à Cotonou.
Crédit photo : Aimé DA CRUZ

Dans son entretien accordé à la chaîne de télévision française LCI le 5 mars 2023, le chef de l’État béninois Patrice Talon affirmait : « Il faut trouver les moyens d’inciter au contrôle des naissances et même trouver des moyens un peu coercitifs pour que l’explosion qu’on observe ne se poursuive pas sinon, l’Afrique se porterait très mal. » Il affirmait plus tôt lors de ce même entretien : « Le taux de croissance de la démographie est trop élevé et en décalage avec nos capacités à investir dans les infrastructures d’éducation, de santé, la création d’emplois. » Mettant ainsi l’accent sur l’équilibre qui doit exister entre la démographie et les ressources disponibles.

Selon l’ONU, la population mondiale est passée à 8 milliards d’habitants. Des 8 milliards d’habitants que compte désormais le monde, 1,4 milliard vivent en Afrique. Un nombre qui va sans cesse en hausse, sur un continent qui peine déjà à faire face à ses problèmes. Dans les capitales et les grandes villes africaines, l’accélération de l’urbanisation bat son plein avec pour corollaires la prostitution, le travail des enfants et la délinquance.

Le venin maléfique de la violence

Elles se comptent par centaines, ces femmes qui s’adonnent à la prostitution. Parfois mineures ou mariées, vulnérables et livrées au monde impitoyable de la rue. Issues pour la plupart de familles modestes, certaines parmi elles font ce travail sous la contrainte.

En parallèle, on voit des enfants dans les marchés et les rues, travaillant malgré leur jeune âge plutôt qu’allant à l’école comme tous les autres enfants. Leur crime, c’est d’être né dans une famille nombreuse où les parents ne sont pas nantis et ne peuvent subvenir à leurs besoins. Quant à la délinquance, elle prend des proportions alarmantes. Ces jeunes dont les parents ont failli à leur devoir d’éducateur errent dans les rues, s’abreuvant du venin maléfique de la violence.

Une bombe à retardement

Des sept continents que compte le monde, l’Afrique est celui qui a la population la plus jeune. Cette jeune population, qui serait perçue comme une bénédiction sous d’autres cieux, n’est pas exploitée à sa juste valeur. Elle devient donc une bombe à retardement, à cause du fort taux de chômage.

Un jeune racoleur cherchant des clients pour son patron.
Crédit photo: Aimé DA CRUZ

En effet, la percée de l’extrémisme violent dans plusieurs zones de l’Afrique inquiète les dirigeants et les organisations qui voient en cette jeunesse oisive un terreau fertile pour l’endoctrinement. Par ailleurs, le sentiment anti-occident grandissant au sein de cette couche, qui voit dans les pouvoirs publics et les anciennes puissances coloniales la cause de son malheur, fait craindre des soulèvements populaires.

L’Afrique à l’école de la Chine ?

Comme on pouvait s’y attendre, les propos du chef d’État béninois qui soutient qu’il faut contrôler les naissances, ont beaucoup fait parler. Pour cause, celui-ci évoque l’éventualité d’utiliser au besoin « des moyens un peu coercitifs ». Une expression qui selon la pensée populaire, fait planer l’ombre d’un probable encadrement juridique des naissances. Pourtant, en analysant de plus près, on se rend à l’évidence. Nous sommes loin du spectre de la politique de l’enfant unique. Néanmoins, il urge d’agir pour éviter le pire.

Des taxi-motos en pleine circulation.
Crédit : Aimé DA CRUZ

« Si fondamentaux sont les problèmes de population qu’ils prennent de terribles revanches sur ceux qui les ignorent. »

Alfred Sauvy, La France ridée, 1986

Si dans les villes le contrôle des naissances entre de plus en plus dans les habitudes, ce n’est pas le cas en milieu rural où la masse reste sceptique aux méthodes modernes de contrôle des naissances. La sensibilisation qui se fait déjà doit s’accroître, et nous avons tous notre partition à jouer. Il en va du développement de notre continent.