SOS personne en danger : que font les témoins ?
Deux mois déjà que le quartier Sèdami, dans le 7ème arrondissement de Cotonou, a été le théâtre d’un fait dramatique. Un adolescent a poignardé à mort son ami pour une sordide histoire de vêtement. Un fait qui a profondément choqué à cause de la passivité des témoins oculaires.
La nouvelle a très vite fait le tour du quartier. Un dôgbé (enfant de la rue en langue fon), a ôté la vie de son ami avec lequel il venait de passer la nuit sur une parcelle vide du quartier. En effet, le pire est survenu lors d’une altercation occasionnée par un vêtement que les deux amis se disputaient. La scène est horrifiante. Le cadavre encore chaud est étendu à même le sol, gisant dans une mare de sang. Le coupable assis juste à côté réalise à peine qu’il vient de commettre l’irréparable.

Il secoue la victime en l’appelant par son prénom, hélas, il ne répondra plus jamais. Ce drame aurait pu être évité si les personnes présentes et témoins lors de l’altercation ne s’étaient pas contentées d’observer la scène.
Une passivité meurtrière des témoins
En une fraction de secondes, deux vies ont été bouleversées. D’un côté, un adolescent a perdu la vie. De l’autre, son ami passera bon nombre d’années derrière les barreaux. D’essence, le crime est de nature à créer l’indignation. Cependant, la passivité des témoins qui dans certains cas n’en ont cure de la détresse de leur semblable est encore plus attristant. Il ne serait pas inopportun de se demander pourquoi un tel désintérêt ? Est-ce le fruit de la peur ? Ou simplement le signe du déclin de notre humanité ? Une chose est certaine, ce comportement pas très humain a coûté la vie à beaucoup de gens. Qu’il s’agisse de faits accidentels ou des cas similaires à celui de ces deux adolescents. En effet, trop de fois les témoins de ces situations regrettables ont choisi l’option de rester à l’écart. Préférant filmer à l’aide de leurs smartphones plutôt que secourir les victimes.

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Certainement, l’opinion publique n’oubliera pas de si tôt le cas du jeune Éloi DOGO. Précédemment étudiant à l’université publique de Parakou, dont le malheur aura été d’être confondu à un voleur. S’en est suivie une vindicte populaire sans aucune forme de procès. Malgré les plaintes de la victime qui clama jusqu’à la fin son innocence.
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Une loi bien peu connue
Il faut le souligner, la loi est l’ensemble des règles qui régissent la vie en société et dont le non-respect est sujet à des sanctions. Celle béninoise punit la non-assistance à personne en danger considérée comme une infraction à la loi pénale. De ce fait, toute personne reconnue coupable de cette infraction devrait encourir la peine prévue par le législateur. Toutefois, cet idéal n’est pas toujours respecté. De sorte qu’en partie, on pourrait imputer l’indifférence dont fait montre la société à la méconnaissance de la loi. En opposition flagrante au principe juridique selon lequel : « nul n’est censé ignorer la loi ».

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Au Bénin comme dans bon nombre de pays d’Afrique, l’analphabétisme et le manque d’information sont les principaux facteurs de méconnaissance des lois. Inéluctablement, savoir lire est un impératif pour pouvoir s’imprégner soi-même de la substance des lois. Malheureusement, savoir lire est un atout que beaucoup d’habitants des zones rurales et même urbaines ne possèdent pas. Sans oublier le fait que la diffusion de l’information, malgré l’avènement des nouvelles technologies de l’information, n’est pas encore ce qu’elle doit être. Beaucoup de foyers vivent encore sans accès à internet, qui contribue pour beaucoup au partage des informations.
Préparons le futur
La profondeur du problème pourrait quand on s’y attarde amener à tenir un discours négativiste en ce qui concerne une probable amélioration. Pourtant, tout n’est pas totalement perdu. Certes, le manque d’empathie dans les sociétés africaines n’a jamais été aussi alarmant, mais on peut tenter d’y remédier. Le palliatif se trouve peut-être dans la nouvelle génération, celle de nos enfants. Rejoignant Victor HUGO qui affirme que : « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».

Longtemps, la force de la société africaine a résidé dans la façon de transmettre le savoir et l’éducation aux plus jeunes. Un type particulier de formation où les parents, le cercle familial et la société s’associent pour forger l’enfant. Cela permettait d’inculquer à l’enfant des valeurs clés de la vie en société et de lui faire comprendre qu’il fait partie d’une société vis-à-vis de laquelle il a le devoir d’être solidaire. Un modèle aujourd’hui mis à mal par la modernité et ses corollaires, mais auquel nous devons retourner. L’école, en premier lieu, doit servir de cadre de promotion de la solidarité humaine, en l’occurrence l’assistance à personne en danger. Cela ne fera que du bien à notre société qui, dans son état actuel, laisse à désirer.
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