Aimé DA CRUZ

Atteinte des objectifs liés à la planification familiale d’ici 2030 : la gent masculine, l’ultime recours ?

A l’heure actuelle, en Afrique de l’Ouest, le concept de planification familiale n’est plus totalement inconnu. Les efforts déployés par les différents acteurs en charge de sa vulgarisation valent leur pesant d’or. Vraisemblablement, ces efforts auraient bien plus d’impact si les hommes souvent opposés à la planification familiale devenaient des acteurs clés de son utilisation. 

Avec la mondialisation, la pilule passe moins bien. Surtout au sein des mouvements féministes qui y voient une façon de marginaliser la femme. Depuis toujours, dans la configuration des sociétés africaines, la prise des grandes décisions concernant la famille et son devenir incombe à l’homme (le chef de famille). Un ordre de choses conforté par les croyances religieuses, dont les leaders, sont très écoutés sur le jeune continent. De son côté, la femme est préparée depuis son bas âge à devenir une mère et une épouse avenante. Si en milieu urbain les femmes ont la possibilité de faire de longues études et de travailler, nonobstant leur soumission aux exigences du cocon familial, en milieu rural (où le taux d’analphabétisme est élevé) l’autorité de l’époux est beaucoup plus prononcée.

Crédit photo : Iwaria

En général, les femmes se contentent, dans les zones rurales, de vivre selon les codes de la société. Ces codes consistent à prendre soin de la maison, du mari et de l’éducation des enfants. A postériori, il n’est pas anodin de voir certains hommes s’opposer à l’utilisation des moyens de planification familiale (PF).

La contraception, un droit propre aux femmes ?

La contraception concerne les femmes, une position des hommes togolais que souligne l’article ‘’Les obstacles à l’implication des hommes dans la planification familiale au sein des ménages au Togo’’ dans la revue Travail social. Une position qui en réalité est partagée par beaucoup d’hommes en Afrique de l’Ouest. Dans un certain sens, c’est ce que reflète la communication censée promouvoir les différentes méthodes modernes de contraception. Généralement, un accent particulier est mis sur les risques pour la santé de la mère et des enfants. Ce qui est juste, mais pas suffisant pour convaincre l’autre cible importante : les hommes.

Une professionnelle de la santé discutant des méthodes de planification familiale avec une patiente. Crédit photo : Iwaria

Dans un autre sens, le fondement de ce point de vue pourrait aussi venir du fait que, la quasi-totalité des méthodes de contraception sont conçues pour la femme. De surcroît, le nombre d’enfants, même en cas d’extrême précarité, n’est généralement pas un problème pour les hommes africains. En milieu rural, le nombre d’enfants est un facteur qui contribue d’ailleurs énormément à l’avancement des travaux champêtres.  Mais en vrai, la planification familiale concerne tout autant les hommes. La stabilité de la société dépend en grande partie de l’équilibre au sein des familles.

Qu’en dit la professionnelle de la santé ?

Madame Estelle DAGBA, épouse ASSAH, est sage-femme depuis trente ans. Elle occupe le poste de surveillante au sein de la maternité Béthesda de Cotonou. Dans son rôle d’accompagnement post-accouchement, elle a été témoin tout au long de sa carrière de l’implication ou non des époux par rapport à la PF.

Riche de votre expérience professionnelle, pouvez-vous nous dire si en général les hommes s’intéressent ou non à la PF ?

C’est rare, les hommes ne s’intéressent généralement pas à la PF. Malheureusement, beaucoup d’hommes ont une perception erronée de la PF. Certains hommes pensent qu’elle ouvre la voie à l’infidélité des femmes. En ce sens que, dès qu’elles y ont recours, elles ont le champ libre pour tromper leur mari sans crainte de grossesses. Les rumeurs de maladies qui circulent au sujet des méthodes contraceptives ont aussi un effet dissuasif non négligeable.

Rencontrez-vous souvent des cas où les hommes interdisent à leurs femmes d’avoir recours à la PF ?

Les cas, il y en a foison. Cependant, certaines femmes bravent l’interdiction de leur conjoint et viennent le faire en secret, ce qui constitue un danger pour la survie du couple. Certains hommes, par contre, sont pour la PF, sur cent on en rencontre quelques-uns qui s’impliquent sérieusement.  

Comment, à votre avis, les agents de santé pourraient contribuer à faire adhérer les hommes à la PF ?

En les invitant, par exemple, aux rencontres de sensibilisation post natales. Hélas, ils n’y viennent pas. La participation des hommes pourrait accroître considérablement le nombre de femmes utilisatrices des méthodes de PF.

Crédit photo : Iwaria

Des hommes pour parler aux hommes

D’un côté, nous avons l’enjeu pour la société qui est de taille. La cybercriminalité grandissante à cause de l’irresponsabilité de certains parents, les cas d’abandon de foyer, les enfants déscolarisés, etc. De l’autre, une réalité plus que flagrante. Atteindre les objectifs fixés par les neuf pays membres du Partenariat de Ouagadougou à l’horizon 2030 en matière de PF ne pourra se faire sans les hommes. D’où la question : Comment les associés à la cause ? D’entrée, la tâche ne s’annonce pas facile. Au-delà des simples sensibilisations sur les différents moyens de contraception, il faudra leur faire comprendre le côté patriote et responsable d’une procréation contrôlée. Déjà, on peut le dire sans se tromper, ce travail reposera en partie sur d’autres hommes. Des hommes aux voix autorisées et respectés par leurs pairs, les leaders religieux et les chefs traditionnels.

Crédit photo : Pixabay

L’Afrique est un continent où la croyance en Dieu est très forte. Le christianisme et la religion musulmane côtoient depuis des décennies les cultes endogènes. Les leaders de ces mouvements religieux sont de véritables influenceurs au sein de leurs communautés. Si toutefois, l’avortement et certaines méthodes contraceptives ne sont pas tolérés, d’autres le sont. À coup sûr, le message passera d’une façon ou d’une autre par ces canaux. En Europe ou ailleurs, le discours ne serait pas le même. L’organisation de la famille n’est pas la même. L’Afrique de l’Ouest a ses réalités et il faut en tenir compte pour voir doubler le nombre d’utilisatrices des moyens de contraception modernes.


SOS personne en danger : que font les témoins ?

Deux mois déjà que le quartier Sèdami, dans le 7ème arrondissement de Cotonou, a été le théâtre d’un fait dramatique. Un adolescent a poignardé à mort son ami pour une sordide histoire de vêtement. Un fait qui a profondément choqué à cause de la passivité des témoins oculaires.

La nouvelle a très vite fait le tour du quartier. Un dôgbé (enfant de la rue en langue fon), a ôté la vie de son ami avec lequel il venait de passer la nuit sur une parcelle vide du quartier. En effet, le pire est survenu lors d’une altercation occasionnée par un vêtement que les deux amis se disputaient. La scène est horrifiante. Le cadavre encore chaud est étendu à même le sol, gisant dans une mare de sang. Le coupable assis juste à côté réalise à peine qu’il vient de commettre l’irréparable.

Crédit Photo : Matt Hatchett via Pexels

Il secoue la victime en l’appelant par son prénom, hélas, il ne répondra plus jamais. Ce drame aurait pu être évité si les personnes présentes et témoins lors de l’altercation ne s’étaient pas contentées d’observer la scène.

Une passivité meurtrière des témoins

En une fraction de secondes, deux vies ont été bouleversées. D’un côté, un adolescent a perdu la vie. De l’autre, son ami passera bon nombre d’années derrière les barreaux. D’essence, le crime est de nature à créer l’indignation. Cependant, la passivité des témoins qui dans certains cas n’en ont cure de la détresse de leur semblable est encore plus attristant. Il ne serait pas inopportun de se demander pourquoi un tel désintérêt ? Est-ce le fruit de la peur ? Ou simplement le signe du déclin de notre humanité ? Une chose est certaine, ce comportement pas très humain a coûté la vie à beaucoup de gens. Qu’il s’agisse de faits accidentels ou des cas similaires à celui de ces deux adolescents. En effet, trop de fois les témoins de ces situations regrettables ont choisi l’option de rester à l’écart. Préférant filmer à l’aide de leurs smartphones plutôt que secourir les victimes.

Scène d’accident
Crédit photo : Artyom Kulakov via Pexels

Certainement, l’opinion publique n’oubliera pas de si tôt le cas du jeune Éloi DOGO. Précédemment étudiant à l’université publique de Parakou, dont le malheur aura été d’être confondu à un voleur. S’en est suivie une vindicte populaire sans aucune forme de procès. Malgré les plaintes de la victime qui clama jusqu’à la fin son innocence.

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Une loi bien peu connue 

Il faut le souligner, la loi est l’ensemble des règles qui régissent la vie en société et dont le non-respect est sujet à des sanctions. Celle béninoise punit la non-assistance à personne en danger considérée comme une infraction à la loi pénale. De ce fait, toute personne reconnue coupable de cette infraction devrait encourir la peine prévue par le législateur. Toutefois, cet idéal n’est pas toujours respecté. De sorte qu’en partie, on pourrait imputer l’indifférence dont fait montre la société à la méconnaissance de la loi. En opposition flagrante au principe juridique selon lequel : « nul n’est censé ignorer la loi ».

La balance et le maillet, symboles de la justice
Crédit Photo : Sora Shimazaki
via Pexels

Au Bénin comme dans bon nombre de pays d’Afrique, l’analphabétisme et le manque d’information sont les principaux facteurs de méconnaissance des lois. Inéluctablement, savoir lire est un impératif pour pouvoir s’imprégner soi-même de la substance des lois. Malheureusement, savoir lire est un atout que beaucoup d’habitants des zones rurales et même urbaines ne possèdent pas. Sans oublier le fait que la diffusion de l’information, malgré l’avènement des nouvelles technologies de l’information, n’est pas encore ce qu’elle doit être. Beaucoup de foyers vivent encore sans accès à internet, qui contribue pour beaucoup au partage des informations.

Préparons le futur 

La profondeur du problème pourrait quand on s’y attarde amener à tenir un discours négativiste en ce qui concerne une probable amélioration. Pourtant, tout n’est pas totalement perdu. Certes, le manque d’empathie dans les sociétés africaines n’a jamais été aussi alarmant, mais on peut tenter d’y remédier. Le palliatif se trouve peut-être dans la nouvelle génération, celle de nos enfants. Rejoignant Victor HUGO qui affirme que : « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».

Crédit Photo : Trilemedia via Pixabay

Longtemps, la force de la société africaine a résidé dans la façon de transmettre le savoir et l’éducation aux plus jeunes. Un type particulier de formation où les parents, le cercle familial et la société s’associent pour forger l’enfant. Cela permettait d’inculquer à l’enfant des valeurs clés de la vie en société et de lui faire comprendre qu’il fait partie d’une société vis-à-vis de laquelle il a le devoir d’être solidaire. Un modèle aujourd’hui mis à mal par la modernité et ses corollaires, mais auquel nous devons retourner. L’école, en premier lieu, doit servir de cadre de promotion de la solidarité humaine, en l’occurrence l’assistance à personne en danger. Cela ne fera que du bien à notre société qui, dans son état actuel, laisse à désirer.


Le temps d’une compétition

Paris, la capitale française, vibrera du 26 juillet au 11 août au rythme des Jeux olympiques d’été. Le continent africain, sujet à des divisions d’ordre politique, sera, comme par le passé, uni tel un seul homme tout au long de la compétition pour soutenir ses ambassadeurs. 

Hérités de la Grèce antique, les Jeux olympiques rassemblent tous les quatre ans les athlètes venus du monde entier. Cette année, pendant plusieurs jours, les yeux seront rivés vers l’Hexagone où, à chaque médaille d’or, l’hymne du pays vainqueur retentira. Un moment solennel, empreint de fierté pour les ressortissants du pays à l’honneur. Sans doute, les grandes nations se partageront, comme à l’accoutumée, une bonne part des médailles. Pour cause, la préparation rigoureuse et assidue de leurs participants. Cependant, l’Afrique, désavantagée sur le plan technique, peut compter sur ses athlètes prêts à tout donner pour honorer le continent.

Crédit photo: AMISOM via Iwaria

Le sport, vecteur d’unité dans une Afrique divisée

De mémoire, les Jeux olympiques, tout comme la coupe du monde de football, revêtent une importance capitale en Afrique. Pour la plupart, les Africains suivront le déroulement des épreuves sportives devant leur petit écran. La ferveur sera palpable, chaque victoire sera saluée par des cris de fierté. Ainsi, deux semaines durant, les divisions et les griefs seront mis en veilleuse. L’expression : « C’est l’Afrique qui gagne », retrouvera tout sens.

Crédit photo: Sithuarkaryangon via Pixabay

C’est un secret de polichinelle, en Afrique le torchon brûle entre certains pays. Entre autres, la RDC et le Rwanda, le Bénin et le Niger, le Burkina Faso et ses voisins le Bénin et la Côte d’Ivoire. Des scènes de crispation qui empiètent sur le vivre ensemble et sur l’intégration des peuples africains.


À ÉCOUTER

L’Afrique, les JO, dans une période d’incertitudes ?

Ces disciplines où l’Afrique pourrait faire la différence

Si les courses de fond (1500 mètres et marathon en l’occurrence) sont réputées être la chasse gardée des athlètes kényans et éthiopiens, la probabilité de voir l’Afrique s’illustrer dans d’autres disciplines est très forte.

C’est le cas notamment au triple saut où l’athlète burkinabé Hughes Fabrice ZANGO pourrait s’octroyer l’or après le bronze de Tokyo. Par ailleurs, une surprise venant de la béninoise Noélie YARIGO aux 800 mètres n’est pas à écarter. Gratifiée du bronze aux championnats du monde d’Athlétisme en salle de Glasgow, elle pourrait s’inviter sur le podium des JO. En ce qui concerne le taekwondo, l’athlète ivoirien Cheick CISSÉ pourrait réitérer l’exploit de 2016 en s’offrant à nouveau l’or. Toutefois, la liste n’est pas exhaustive. En effet, des nations comme l’Égypte, l’Ouganda, l’Afrique du Sud ou encore la Tunisie ne comptent pas rentrer bredouille. C’est une évidence, Paris la belle, réserve bien des surprises…


Sénégal : libération d’opposants pour assurer l’alternance. Le Bénin fera-t-il de même ?

Au Sénégal, les opposants Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ont été libérés avant l’élection présidentielle. Une libération qui a fait écho au Bénin, où Reckya Madougou et Frédéric Joël Aïvo candidats recalés à l’élection présidentielle de 2021, croupissent depuis 3 ans derrière les barreaux.

C’est à la faveur d’une loi d’amnistie introduite par le président Macky Sall et adoptée par le parlement sénégalais qu’ils ont retrouvé la liberté. Ousmane Sonko condamné le 1er juin 2023 à deux ans de prison ferme pour débauche de mineure et Bassirou Diomaye Faye incarcéré depuis près d’un an pour outrage à magistrat, sont sortis de prison le 14 mars dernier. Cette libération saluée avec ferveur par les militants du parti Pastef, a changé le cours de l’élection.

https://twitter.com/C_Actuel/status/1779264504213209168

Dimanche 24 mars 2024, les Sénégalais dans la quiétude sont sortis massivement accomplir leur devoir civique. Dans l’ensemble, le scrutin s’est déroulé sans heurts et contraste avec le méli-mélo politique qu’a récemment connu le pays. En fin de compte, le vainqueur dès le premier tour est le candidat du Pastef, Bassirou Diomaye Faye. Celui qui jusqu’à peu séjournait en maison d’arrêt, remplace désormais Macky Sall à la tête du Sénégal. Une alternance qui grandit davantage la démocratie sénégalaise, véritable modèle en Afrique et dans la sous-région.

https://twitter.com/DiomayeFaye/status/1775191486381891900

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Trois ans que ça dure

Au Bénin, l’élection du nouveau président sénégalais issu de l’opposition ne laisse pas de marbre. Sa libération peu avant le scrutin, est d’autant plus frappante pour les Béninois. En effet, dans les geôles béninoises croupissent depuis 2021 deux éminents fils du pays, Reckya Madougou et Frédéric Joël Aïvo. La première à été condamnée à 20 ans par la CRIET pour financement du terrorisme. Le professeur Joël Aïvo lui, a été condamné à 10 ans pour blanchiment de capitaux et atteinte à la sûreté de l’Etat. Cependant, ni l’un ni l’autre n’a fait appel. Recalés à l’élection présidentielle de 2021 pour défaut de parrainages, ils ont été arrêtés peu avant l’élection. Ladite élection jugée exclusive par l’opposition, avait donné lieu à des affrontements sanglants entre civils et forces de l’ordre.

Un parlement divisé sur la question de l’amnistie

Malgré tous les appels à leur libération, le président Patrice Talon reste fixe sur sa position. D’ailleurs, si l’on s’en réfère à ses dires, l’éventualité d’une grâce présidentielle n’est pas vraiment envisageable. Par conséquent, la seule option qui s’impose est la loi d’amnistie dont le vote revient au parlement. C’est pourquoi, l’opposition incarnée dans l’hémicycle par le groupe parlementaire Les Démocrates à introduit une proposition de loi d’amnistie qui s’est vue rejetée. Le député du parti majoritaire, Union progressiste pour le renouveau, Borgia Tawes M’Bouke Dos Santos, l’a qualifié de : « salade russe ». Néanmoins, l’opposition déterminée à aller jusqu’au bout, s’est dite prête à réintroduire autant de fois qu’il le faudra la proposition de loi d’amnistie. Beaucoup de Béninois croisent les doigts pour que cette lutte aboutisse, pour enfin tourner cette page douloureuse.

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Retrait des États de l’AES de la CEDEAO : décryptage d’un imbroglio politique sous-régional

Dimanche 28 décembre 2024, la nouvelle fait le tour des réseaux sociaux et des médias africains. Trois pays de la CEDEAO, le Burkina Faso, le Mali et le Niger claquent la porte de l’organisation sous régionale. Un départ brusque qui ne laisse pressentir rien de bon dans une Afrique de l’Ouest où rien ne va plus sur le plan politique et diplomatique. 

« En outre, la CEDEAO, sous l’influence de puissances étrangères, trahissant ses principes fondateurs, est devenue une menace pour ses États membres…» peut-on lire sur le communiqué conjoint des trois pays de la jeune Alliance des Etats du Sahel (AES). Un communiqué dans lequel, ces derniers fustigent aussi l’inaction de la CEDEAO dans le dossier épineux du terrorisme. Comme on pouvait s’y attendre, la réaction de la CEDEAO ne s’est pas fait attendre. Elle affirme dans un communiqué publié le même jour, avoir travaillé : «…de manière assidue avec les pays concernés en vue du rétablissement de l’ordre constitutionnel.»

Quelle lecture faire de cette sortie soudaine de la CEDEAO ?

L’annonce tombe quelques jours après la mission avortée de la délégation de la CEDEAO. Une décision radicale qui ne surprend pas vraiment. Cependant, l’analyse minutieuse des arguments avancés par les trois juntes, ne permet pas vraiment de comprendre cette décision. En effet, le Nigéria pays membre de la CEDEAO fait face aussi depuis plusieurs années aux groupes terroristes qui sèment la terreur. Dans ses efforts pour contrer la nébuleuse djihadiste, le Nigeria n’a pourtant jamais pointé du doigt la CEDEAO. Ce qui amène à se demander si la principale cause de ce retrait n’est pas la pression faite par la communauté sur les différents pouvoirs militaires pour un retour à l’ordre constitutionnel. Pour preuve, le Mali a annoncé l’annulation le 25 Septembre 2023 des élections qui devaient mettre fin à la transition sans pour autant préciser une nouvelle date. Du côté du Niger et du Burkina Faso, la durée exacte des transitions n’est pas encore totalement claire. Une incertitude qui a valu déjà deux tentatives de coup d’État au nouvel homme fort de Ouagadougou.

Photo d’enfants du Sahel
Credit photo: Pixabay

Doit-on repenser la CEDEAO ?

La réponse ne fait l’ombre d’aucun doute, chez certains. Les plus radicaux eux souhaitent sa dissolution pure et simple. On pourrait facilement leur trouver raison au regard des prises de positions parfois pas très équitables de l’organisation. En effet, la CEDEAO n’y est pas allé de mainmorte pour condamner et sévir pas la même occasion les régimes putschistes. Une condamnation qui ne se fait pas toujours ressentir dans les cas de figure où entorse est faite à la constitution ou en cas de dérive autoritaire. Ce qui jette du discrédit sur la communauté. Par conséquent, il devient inévitable de revoir les choses. En cas de violation flagrante des textes fondamentaux d’un État membre par les dirigeants, des sanctions doivent être appliquées.

Le Sénégal est en proie à des heurts depuis l’annonce du report des élections.
Crédit photo: Pixabay

Quoiqu’il en soit, la CEDEAO reste un model en matière d’intégration des peuples et de libre circulation des biens. Preuves tangibles de cette intégration prônée par les textes de la CEDEAO, plus de 3 000 000 de maliens vivent aujourd’hui en Côte d’Ivoire pays voisin. Un acquis qui prendra un coup dans les prochains mois si un consensus n’est pas trouvé. Un consensus qui sera difficile à trouver dans l’état actuel des choses

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Viol au masculin : ces jeunes victimes qu’on oublie trop souvent

Il est de ces tabous en Afrique. Des choses dont on ne parle pas ou dont on parle très peu. Le viol d’une personne de sexe masculin par une autre personne du même sexe en fait partie. Les victimes souvent très jeunes, se murent dans un silence dans la majorité des cas, et sont privées de leurs droits en matière de santé sexuelle.

Le viol est défini en droit international comme tout acte de pénétration, que ce soit par un organe sexuel ou un objet, commis sur le corps d’une personne. Le sexe anal contraint, le sexe vaginal contraint et le sexe oral contraint constituent donc bien des viols. Peu importe le genre des personnes impliquées. En dépit de toutes les sensibilisations et des témoignages de certaines victimes qui brisent la glace, le viol est toujours perçu au Bénin et dans certaines régions de l’Afrique comme un déshonneur pour la femme ou la fille violée et sa famille. Cette perception du viol pousse les victimes et leurs familles à préférer un règlement à l’amiable. Une triste réalité qui n’épargne pas les jeunes garçons et les jeunes hommes ayant subi un viol, et la plupart du temps, ces derniers ne sont même pas considérés comme “des victimes”.

Les cas de viols sur les adolescents et les jeunes sont légion dans les prisons.
Crédit photo: Iwaria

Un deux poids deux mesures apparent

Le viol, on en parle tellement de nos jours. Véritable lutte des féministes et des associations de défense des droits humains qui se battent pour les droits des victimes. Toutefois, cette lutte revêt un caractère plus ou moins discriminatoire du fait qu’elle ne tient pas toujours compte des victimes masculines. À contrario, le cas des victimes masculines (même si elles sont minoritaires) ne jouit pas de la même visibilité que celui de celles féminines. En effet, les différentes campagnes de sensibilisation et de dénonciation dans leur quasi-totalité ne font pas assez cas de cette réalité qui parfois se passe sous nos yeux. Ces victimes, nous les côtoyons parfois sans même le savoir. Chose assez grave, elles sont parfois très jeunes et vulnérables. Des histoires tristes de viols qui se racontent de bouche à oreille. Des pères qui abusent de leur enfant, des oncles qui abusent de leurs neveux, des coachs sportifs qui exigent des services sexuels pour positionner leurs jeunes poulains, des enseignants, leaders et guides religieux qui utilisent leur position d’autorité pour abuser de jeunes personnes, ou encore des viols utilisés comme une arme de guerre… Officiellement, aucune statistique ne permet de mesurer l’étendue des dégâts. Néanmoins, au regard du silence qui entoure le phénomène on peut déduire que les besoins d’assistance sont importants. 

Le monde du sport n’est pas épargné par les scandales de viols.
Crédit photo: Aimé DA CRUZ

Des victimes privées de leurs droits à la santé sexuelle 

Longtemps on l’a pensé en Afrique et au Bénin, les femmes sont les seules victimes d’abus sexuels. Une pensée totalement fausse et bien loin de la réalité qui est tout autre. Cette pensée destructrice fait encore de nos jours le bonheur de certains bourreaux. Pourtant, au Bénin, la loi N 2003-04 du 03 mars 2001 relative à la santé sexuelle et à la reproduction, dispose dans son article 9 :«Toute personne a le droit de ne pas être soumise à la torture, ou à des peines ou aux traitements cruels, inhumains ou dégradants sur son corps en général et sur ses organes de reproduction en particulier. Toutes les formes de violences et de sévices sexuels sur la personne humaine sont interdites. » Il ressort donc que la loi reconnaît à tous (hommes comme femmes) le droit à l’intégrité physique. La nécessité d’avoir accès à des soins de santé en cas de viol devient donc une évidence. Cependant, les jeunes victimes masculines de viol ne jouissent pas toujours de soins de santé appropriés. Dans le pire des scénarios, ils se retrouvent infectés du VIH ou d’autres maladies sexuellement transmissibles sans traitement efficace. D’où l’urgence de briser les tabous entourant le viol masculin. Il en va du décuplement de la parole qui aboutira à une prise en considération efficace des besoins des victimes. Des besoins qui englobent les conseils, les soins post viol et le suivi psychologique. Le défi est grand et nécessite beaucoup d’intérêt.

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Le panafricanisme, et si on en parlait ?


Le panafricanisme, et si on en parlait ?

Depuis quelques années, le continent africain traverse une période sensible de son histoire. Une période marquée par des coups d’État successifs. En quatre ans, ce sont six pays du continent qui ont vu leurs leaders renversés, pour certains à plusieurs reprises. C’est le cas du Gabon (2023), du Niger (2023), mais aussi du Burkina Faso (deux putchs en 2022), de la Guinée (2021), du Mali (2020 et 2021) et du Soudan (2019). À chaque coup de force, un mot revient sur toutes les lèvres : le panafricanisme. Un mot dont l’origine remonte au XIXe siècle, et dont la force transcende les frontières de l’Afrique. Mais qu’est-ce que le panafricanisme exactement ? Comment est née cette idéologie, quelle est son histoire et comment envisager le panafricanisme aujourd’hui, dans le contexte africain actuel ? Quelques questions que je développe dans cet article.

Nul doute, ce siècle est celui des bouleversements politiques en Afrique. Les coups d’État s’enchaînent au sein des anciennes colonies françaises. Des coups d’État adoubés par les peuples africains qui applaudissent les militaires peints en héros. Ce contexte politique nouveau, interroge l’avenir du continent et amène à se (re)poser la question de savoir ce qu’est le panafricanisme.
« Panafricanisme », un mot qui s’invite dans toutes les conversations en Afrique aujourd’hui. Un mot qui revient donc sur le devant de la scène. Un mot qui alimente les débats sur les réseaux sociaux, un mot qui est devenu une sorte de slogan politique incontournable et qui déchaîne les passions des plus radicaux.

Le panafricanisme c’est quoi?

Selon le dictionnaire Larousse, le panafricanisme est à la fois une doctrine et un mouvement de solidarité entre les peuples africains. Pour mieux cerner le concept du panafricanisme, un petit détour dans l’histoire s’avère indispensable. En effet, l’origine du panafricanisme remonte au XlX ème siècle. Ce concept est apparu après la révolution en Haïti, portée par Toussaint Louverture. Le panafricanisme est alors un mouvement politique et idéologique. Il vise à abolir l’esclavage et à s’affranchir du joug du colon français.

Toussaint Louverture
Crédit photo : Depositphotos

Bien des années plus tard, au XX ème siècle, ce mouvement né dans les Antilles trouve un écho favorable au sein de l’élite africaine. Une élite instruite et mécontente du système colonial. Les leaders d’alors, que rien n’effraie, sont décidés à en finir avec le paternalisme des puissances occidentales, et rêvent d’une Afrique forte et unie.

Vidéo datée du 23 octobre 2018. Bertrand Badie : « Les puissances coloniales ont étouffé le panafricanisme »


Né en 1909 dans un village du sud-ouest du Ghana, Kwame Nkrumah est considéré comme le précurseur du mouvement panafricaniste en Afrique. En 1960, il devient le premier président du premier État indépendant d’Afrique ( l’actuel Ghana ) et œuvre pour la création de l’Organisation de l’Union Africaine. Toutefois, ses idées jugées trop radicales ne feront pas long feu au sein de l’organisation. Vomi par son peuple pour l’échec de sa politique économique, Nkrumah est renversé par un putsch militaire en 1966, après cinq ans passés au pouvoir.

Kwame Nkrumah Memorial (Accra, Ghana)
Crédit photo : Pixabay

D’autres grands noms ont aussi marqué l’histoire du mouvement panafricaniste : Sékou Touré en Guinée, Patrice Lumumba en RDC (ex Zaïre), Cheikh Anta Diop au Sénégal, Thomas Sankara et Joseph Ki-Zerbo au Burkina Faso (ex Haute-Volta), ont tous laissé une marque indélébile sur le jeune continent. Leur mouvement a toujours inspiré beaucoup d’africains et d’afrodescedants. Mais à l’heure actuelle, en 2023, on peut dire que le panafricanisme revient en force dans les esprits.

Vidéo / A. Boukari-Yabara: « Le panafricanisme est une vision de la libération du continent africain » • RFI

Panafricanistes ou opportunistes ?

Kemi Seba, Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi
Source : réseau social X (Image libre de droits)

Aujourd’hui, des activistes africains, omniprésents sur les réseaux sociaux, se sont emparés du concept de « panafricanisme ». Je pense à Kemi Seba, à Nathalie Yamb ou encore à Franklin Nyamsi… pour ne citer que ceux-là. Ces activistes, ennemis déclarés de la France, des puissances occidentales, des États Unis et du système des Nations Unies, sont adulés par la population africaine.

Emission « Appels sur l’actualité » le 24/07/2023 – RFI


Pour beaucoup d’africains (dont une majorité est issue de la région du Sahel), ces activistes sont les portes voix d’un concept et d’une lutte censés libérer l’Afrique : le panafricanisme. Ceux qui les suivent et les adulent sont souvent relativement jeunes. Pour la plupart, se sont des africains dans la fleur de l’âge, sans emploi et sans perspective d’avenir. Ils sont conscients des ressources naturelles dont disposent les États africains et ils ne conçoivent tout simplement pas le sous-développement du continent. Un sous-développement dû, selon eux, à la Françafrique et à ses corollaires. À juste titre, beaucoup d’africains désabusés et réduits au silence par les dirigeants, se retrouvent dans leur vision.
Pour l’autre partie des africains, ces activistes ne sont ni plus ni moins que des opportunistes et sous-fifres de la Russie dont ils sont très proches. Ils sont accusés de servir la propagande russe sur le continent. Il leur est notamment reproché leur prise de position trop partisane à certaines occasions et leur silence sur certains sujets. À titre d’exemple, leur silence sur le processus de révision de la Constitution en Centrafrique et sur le probable troisième mandat du président Touadéra (grand ami du Kremlin), laisse planer un doute sur leurs réelles motivations. En outre, ce qui fâche encore plus est que ces activistes n’admettent pas vraiment les points de vue divergents sur leurs différentes pages de réseaux sociaux. Ils n’hésitent pas à bloquer au passage ceux dont les commentaires sont jugés indésirables ou contradictoires. Avec eux, pas de place à la pluralité des points de vue.

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Coups d’État en Afrique, la saignée continue

Une vision nouvelle qui divise les africains 

Une chose est frappante dans toute cette agitation qui secoue actuellement l’Afrique francophone : la lutte portée par ces activistes contribue d’avantage à diviser nos peuples qu’à les unir. Il ne pourrait d’ailleurs en être autrement au regard du caractère incendiaire des publications de ces activistes sur les réseaux sociaux.

Les africains sont donc divisés. Aujourd’hui, on voit d’un côté ceux qui pensent que la libération du continent viendra par des coups d’État, mais d’un autre côté, il y a ceux qui pensent que les coups d’État retardent le développement du continent. Au milieu, on retrouve ceux qui, comme moi, ne sont pas pour les putschs, mais qui pensent malgré tout que, face à des pouvoirs autocratiques et despotiques, les putschs sont parfois les seules alternatives possibles…

Dans le fond, nous sommes tous panafricains car nous aimons notre continent et aspirons à l’unité de nos peuples. De ce fait, nous n’avons pas vraiment besoin de tous ces discours propagandistes sur les réseaux sociaux, qui frisent la manipulation politique, ceux-là même qui enveniment notre vivre ensemble. Les hôpitaux sans matériels, le système éducatif défaillant, le chômage, la faim, sont des choses qui révolteraient n’importe qui. Certes, avoir besoin d’un visa pour se rendre dans un autre pays africain est révoltant. Et oui, le manque d’intérêt des africains pour les produits fabriqués ici et pour notre culture est pour le moins déroutant. Toutes ces réalités sont autant de choses qui fâchent. D’où l’urgence, dans le contexte mondial actuel particulier (qui rappelle étrangement la guerre froide), de penser au futur de notre continent. D’autant que le panafricanisme dans sa forme actuelle, est une aubaine pour les régimes autoritaires qui surfent sur la vague pour s’accrocher au pouvoir. En définitive, l’heure n’est plus aux discours creux sur fond de panafricanisme, mais à l’action.

Il faut penser le futur des générations à venir pour que cesse le drame de la Méditerranée.
crédit photo : Pixabay


Coups d’État en Afrique, la saignée continue

Mali, Guinée, Burkina Faso et maintenant le Niger. Ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest semble renouer avec les coups d’État qui deviennent monnaie courante. Dans le rang des chefs d’État et de gouvernements de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’inquiétude monte au regard de l’impact négatif qu’ont ces coups d’État sur l’économie et sur la démocratie.

On la croyait enfouie dans les annales de l’histoire cette époque sombre où le pouvoir se prenait par les armes. Cette époque où l’instabilité caractérisait le pouvoir en Afrique. Force est de constater que les forces armées, loin de répondre à leur prérogative de défense de nos territoires, s’adjugent encore aujourd’hui le droit de renverser à leur guise des régimes élus par la voie des urnes. Le cas du Mali avec le « coup d’État dans le coup d’État » comme l’a appelé le Président français Emmanuel Macron, n’avait pas encore fini de faire parler de lui que ceux de la Guinée et du Burkina vinrent s’ajouter. Les différentes mises en garde de l’institution sous-régionale n’ont jusque-là rien données. Le nuage sombre des coups d’État plane toujours. Il a choisi cette fois-ci le Niger. Ce, quelques jours après le sommet des chefs d’État tenu le 9 juillet passé en Guinée-Bissau.

Situation confuse au Niger : les dernières informations — France 24

Des militaires qui surfent sur l’impopularité des régimes

La nouvelle est tombée tard dans la nuit. Le Niger, pays d’Afrique faisant partie des 10 pays les plus pauvres au monde, vient de subir un coup d’État. Une nouvelle accueillie avec joie sur les réseaux sociaux par une partie de la population, hostile au Président Bazoum. En effet, l’élection du désormais ex-président du Niger n’a jamais fait l’unanimité au sein de l’opinion publique. Pour cause, une polémique sur ses origines. Ses détracteurs lui flanquent à tort ou à raison une nationalité libyenne. En outre, les accointances avec l’ancien président Mahamadou Issoufou, dont il est issu du même parti, lui valent aussi une certaine impopularité. Déjà, le 31 mars 2021, des officiers de l’armée nigérienne avaient tenté de renverser le Président Mahamadou à quelques jours de son investiture. Une tentative habilement déjouée en son temps mais qui donnera lieu à cette seconde soldée, elle, par un succès. Comme au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, l’armée a surfé sur l’impopularité apparente du régime nigérien et de son leader pour accomplir sa besogne. Comme l’on pouvait s’y attendre, l’un des arguments avancés par les putschistes est la situation sécuritaire du pays. 

Crédit photo : Iwaria

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Un sentiment anti-français qui grandit toujours plus

Un tour sur les pages des médias d’information, laisse sans voix. En grande partie, la jeunesse salue le coup de force au Niger. Ce qui n’étonne d’ailleurs pas. Le Président nigérien est considéré dans les sphères panafricanistes comme un valet de la France. Une France à l’égard de laquelle le sentiment de haine a considérablement augmenté ces dernières années. Les rapports étroits existant entre la France et ses anciennes colonies ne sont plus du goût de la génération montante. Une génération à la fougue débordante et qui s’abreuve des discours enflammés de certains cybers activistes proches de la Russie. De ce fait, il urge de repenser la coopération existant entre la France et ses anciennes colonies (surtout en ce qui concerne le FCFA). Car celle actuelle ne permet pas véritablement une émancipation totale et entière de l’Afrique. De surcroît, le soutien de la France à certains régimes politiques qualifiés de dictatoriaux fait grincer des dents.

Que dire de la situation humanitaire ?

Au-delà de tout discours politique, ce qui inquiète le plus dans ce coup de force que vient de connaître le Niger est la situation humanitaire du pays. Jeudi 27 juillet 2023, l’ONU, par la voix de son porte-parole Stéphane Dujarric, annonça la suspension de ses opérations humanitaires. Une décision dont les conséquences devraient se ressentir dans les prochains jours compte tenu du contexte humanitaire difficile que traverse le pays.

Le Niger, pays enclavé du Sahel, est en proie à une insécurité alimentaire due aux effets du réchauffement climatique, de la crise économique qui secoue le monde et du terrorisme. Les différentes aides fournis par l’ONU et les partenaires financiers permettaient jusque-là d’amoindrir la crise alimentaire qui prévaut dans le pays. À l’heure actuelle, l’on ne peut mesurer l’impact que la décision prise par l’ONU pourrait avoir. Cependant, un scénario comme celui de la Somalie n’est pas à écarter.

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À qui le tour ?

À l’allure où vont les choses, on peut se demander quel pays est le suivant sur la liste des coups d’État. D’un côté la CEDEAO qui peine à trouver un remède, de l’autre les militaires qui s’immiscent en politique. Rien n’est vraiment sous contrôle. Malheureusement, ce climat d’instabilité ne favorise pas l’enracinement d’une démocratie forte et prospère en Afrique. Une démocratie à l’image des grandes démocraties où on note une séparation effective des pouvoirs, sans promiscuité entre l’exécutif et le judiciaire, et une alternance pacifique au pouvoir. En vrai, c’est le vœu de beaucoup d’africains de voir asseoir sur le continent une vraie démocratie. Deux des causes du sous-développement en Afrique, sont la mauvaise gouvernance et la corruption, dont les principaux acteurs sont des leaders politiques qui jamais ne seront jugés pour leurs actes. Pour cause, la mainmise sur l’appareil judiciaire. Certainement, l’atteinte de ce modèle de démocratie prendra du temps. Mais, on y arrivera. Car, le développement de notre continent en dépend. 


De la liesse à la désillusion, l’après baccalauréat en Afrique

Le mercredi 12 juillet 2023 a eu lieu la première délibération de l’examen du baccalauréat au Bénin. Dans les maisons et les rues, les cris de joie se sont fait entendre. Une liesse qui les jours suivants, cédera vite place à un tas de questions. 

Cette année, ils étaient 76 104 au Bénin à passer cet examen dont 63,08 % ont été déclarés admissibles. À travers les générations, il est resté le même cet engouement que suscite le bac. Le temps précédant la proclamation des résultats pour certains parents et les candidats, semble être un véritable supplice. Je me rappelle comme si c’était hier de ce jour où je fus déclarer admissible. Ma première réaction sans surprise fut un bond en l’air suivi d’un grand cri de joie. Je venais comme n’avait de cesse de me le dire ma mère de faire mon entrée dans la cour des grands. La tête pleine de rêves et d’ambitions, je n’avais qu’une seule envie, partir à l’assaut de l’univers qui n’attendait que moi. Sur le coup, j’étais loin de m’imaginer que la vie après le bac était tout sauf un long fleuve paisible. 

La direction de l’Office du baccalauréat à Cotonou. Crédit photo : Aimé DA CRUZ

Le casse-tête du choix de filière

On était que le lendemain de la proclamation des résultats et déjà j’étais face à un dilemme. Quelle filière choisir ? En Afrique, que faire après le bac est trop souvent relégué au second plan. « J’y penserai une fois mon bac en poche », m’a dit un jeune adolescent de mon quartier quand je lui ai posé la question de savoir ce qu’il envisageait de faire après le bac. C’est un secret de polichinelle, bon nombre de bacheliers choisissent des filières qu’une connaissance, un ami, un parent ou un enseignant leur a conseillé. Des filières qui parfois mènent au chômage ou dans lesquelles ils connaîtront des échecs successifs, ou l’abandon. D’autre part, certains ne pourront s’offrir la formation de leur choix par manque de moyens. D’autres encore, ne verront jamais les portes de l’université. Pour les parents avertis, ils ont appris à connaître leurs enfants. Ils connaissent leurs aptitudes et ce qui les passionne, et les orientent non pas sans tenir compte de la demande sur le marché de l’emploi. Encore que, certains parmi ces enfants dont les parents comprennent l’enjeu du choix de filière, devront faire une croix sur leur filière de rêve parce que celle-ci est indisponible dans leur pays. Les plus chanceux eux s’envoleront vers d’autres horizons.

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L’enfer des universités publiques

Les images de ma première journée d’étudiant sont encore présentes dans ma tête. On m’avait dit tellement de choses à propos de l’université que je croyais tout connaître. Je me sentais privilégié de pouvoir m’inscrire dans une école et non pas dans une faculté classique ( où les chances d’insertion sont plus infirmes). Cependant, je ne tardai pas à me rendre à l’évidence. Au fond, Il n’y avait pas une si grande différence entre les écoles dites professionnelles et les facultés.

L’université d’Abomey-Calavi,
la plus grande université publique du Bénin.
Crédit photo : Aimé DA CRUZ

Ma première déception fut l’accueil très froid du personnel administratif pas très courtois. Ensuite, ma seconde et plus grande déception, l’effectif pléthorique. Nous étions près de 450 inscrits dans ma filière… Et pour boucler la chaîne des déceptions, le mode d’apprentissage qui ne permet pas vraiment d’acquérir des compétences. Il faut bûcher et rendre sans trop réfléchir, comme si nous eussions été des robots. Dans le même temps, je voyais aussi le calvaire des étudiants inscrits dans les facultés. Effectifs pléthoriques, échec de masse, manque d’amphis et manque de places assises. L’opposé total du monde meilleur qu’on s’imagine avant le bac. 

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Un diplôme qui n’a plus toute sa valeur

On aura beau se poser la question, on n’arrivera pas à comprendre le bien-fondé de cette fixation sur le bac. Un simple diplôme qui fait courir parents et apprenants, et qui plonge dans une profonde dépression les candidats recalés. Et pourtant, le bac n’a plus toute sa valeur. Autrefois, si le bac suscitait un grand intérêt en Afrique, c’est parce qu’il ouvrait automatiquement la voie au monde professionnel. De nos jours, la donne a plus ou moins changé. En effet, les exigences du marché de l’emploi ont considérablement élevé les standards. Il est loin l’image du ‘’ Akowé ‘’ , intellectuel au col blanc dont on affublait les nouveaux bacheliers et qui inspirait un grand respect. Ce n’est pas le bas niveau des étudiants d’aujourd’hui qui démontrera le contraire. Il est de nos jours fréquent de voir des détenteurs d’un master aligner plusieurs fautes dans une même phrase. En son temps, on ne me l’a pas dit. Mais, j’ai fini par le comprendre. Dans l’ensemble, le bac est juste le début d’un combat acharné pour avoir une place sous le soleil. 

Crédit photo: Iwaria


Haïti, nous ne t’oublions pas !

Entre deux articles qui parlent de l’Afrique et de ses problèmes, j’ai décidé de déclamer ma solidarité à Haïti, le grand oublié du moment. Un poème c’est tellement peu face à tant de problèmes, mais ça peut toucher les cœurs.

Une situation économique alarmante, une crise sécuritaire et humanitaire hors de contrôle. Haïti, dont la situation était déjà critique depuis le séisme de 2010, vit des heures encore plus sombres depuis quelques années. Il n’y a pas de répit pour les habitants du pays de Toussaint l’ouverture. L’assassinat du Président Jovenel Moïse a plongé le pays dans un imbroglio politique aggravé par l’insécurité qui règne en maître. Subséquemment, enlèvements, assassinats et viols collectifs sont le lot quotidien des haïtiens qui sont à la merci des gangs.

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Une passivité qui choque

Ce qui révolte le plus dans ce drame que vit Haïti, c’est la passivité de la communauté internationale. Une communauté internationale dont l’énergie est concentrée sur la guerre en Ukraine et ses implications géopolitiques. Même la presse n’en parle presque plus d’Haïti. Que fait-on au final de tous ces discours sur les droits de l’homme ? Que fait-on de toutes ces théories sur la justice, la paix et la sécurité dans le monde ? C’est triste ce que les intérêts individuels font de notre monde. Petit à petit, cette ancienne colonie française tend vers un chaos irréversible.

Drapeau d’Haïti


Une impuissance qui ronge

En Haïti, la seule question qui taraude à présent l’opinion publique est : à quand la fin de ce cauchemar ? L’appareil judiciaire est quasi inactif et la résignation a gagné du terrain dans le rang des victimes. Dans la foulée, le programme du Président américain Joe Biden crée d’avantages de problèmes. Les citoyens assistent impuissants au départ du personnel soignant et des cadres dont les vies sont pour la plupart menacées. Les appels au secours ne cessent de s’élever sans que des solutions ne soient trouvées. Au fil du temps, beaucoup ne croient plus vraiment au changement.


Haïti, nous ne t’oublions pas !

Tes SOS nous parviennent en échos 

Dans tes départements il ne fait plus beau 

Il est devenu terne et sans éclat ton ciel 

Chez toi, plus de joie ni de paix, que du fiel

Les cris de tes femmes hantent nos esprits

De tes filles l’innocence volée nous abasourdit 

Haïti, qu’il est pesant ce fardeau que tu portes

Tout seul face à ces innombrables tempêtes 

Dans ta détresse, tu pries sans ne plus avoir la foi

Tu te demandes souvent si quelqu’un pense à toi 

Quelque part en Afrique on ne t’oublie pas 

On espère de tout cœur que bientôt tout ça passera ❤️

Crédit : Aimé DA CRUZ

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